Un nouveau règne pour le Blu-ray ? Attention aux pièges !
Publié le jeudi 31 janvier 2008
Il a toujours été clair que la bataille opposant les deux clans HD DVD & Blu-ray serait principalement guidée par le choix des éditeurs de contenu quant à leur support pour l'un ou l'autre des deux formats. En ce début 2008, il semble bien que le format Blu-ray soit le format HD de mise sur support optique. Pour autant, le chemin bleuté de ce format n'est pas dénué de pièges techniques.
Synthèse de Bruno Orrù
Vous le savez si vous nous lisez depuis le début de cette bataille mondiale qui associe de nombreux secteurs de l'industrie : les cahiers des charges techniques des deux formats sont ambitieux, notamment pour proposer une nouvelle forme d'interactivité et étendre ainsi l'expérience balbutiante du DVD en la matière. L'un des points techniques importants, déjà souvent souligné ici même, est qu'ils ne sont pas arrivés sur le marché avec la même maturité, le HD DVD s'avère depuis le début largement plus abouti.
Autre élément important, et lié aux technologies utilisées, c'est la première fois qu'un produit « brun » grand public est intimement lié à une notion de version... et donc de limites fonctionnelles suivant la version du lecteur acheté ! Cela est évidemment très important car cela souligne que l'acheteur d'un lecteur de salon HD DVD ou Blu-ray n'est pas certain d'avoir à disposition une machine apte à couvrir toutes les fonctions supportées, en théorie, par chacun des deux formats.
Restrictions régionales
A noter que si l'ensemble des HD DVD n'était pas affecté d'un code régional, de nombreux titres Blu-ray sont par contre affublés de ce type de protection. Rappelons que le code régional, institué par le DVD, permet de limiter la lecture d'un disque à l'intérieur d'une zone marchande, unilatéralement mise à place par les différents acteurs du marché visé. Vous trouvez ci-dessous un schéma permettant de vérifier que le « monde Blu-ray » est découpé en trois zones A, B et C. Le plus important à retenir est que le marché américain est évidemment différent du marché européen.

Petite diversion HD
Il y a fort à parier que la TNT HD connaisse dans quelques mois un problème similaire. Un problème lié cette fois à une norme mais qui débouchera sur de mauvaises surprises pour des milliers d'acheteurs de téléviseurs plats. Ils découvriront que leur téléviseur ne possède pas de tuner adapté et devront, à nouveau, investir dans un décodeur externe...
HD DVD, le bon élève depuis le début
Côté HD DVD, il faut avouer que Toshiba a mis sur le marché des lecteurs qui n'ont posé aucun problème de mise à jour au fil des mois. Je suis un témoin privilégié puisque je possède le fameux lecteur Toshiba HDX-E1, premier lecteur HD DVD proposé en Europe et pourtant tout à fait apte à couvrir l'ensemble des possibilités interactives et le décodage des formats sonores HD. Bien sûr, quelques mises à jour ont été nécessaires mais celles-ci, se faisant via le port Ethernet du lecteur, auront été tout le temps transparentes. La présence d'un port Ethernet est d'ailleurs l'un des arguments techniques importants qui auront été mis en avant par le clan HD DVD. Un argument valable car nous allons voir que du côté du Blu-ray, les choses sont moins claires.
Blu-ray, l'enfant terrible
Au niveau du Blu-ray, la disponibilité de lecteurs est globalement entourée d'absence de possibilités de mise à jour. Là encore, je suis un témoin privilégié puisque je possède aussi le premier lecteur Blu-ray mis sur le marché, le lecteur Samsung BD-P1000. Bien sûr, une mise à jour régularisant certains bugs fut possible, par téléchargement d'un fichier « ISO » permettant de graver un CD de mise à jour. Côté formats sonores, aucune possibilité de mise à jour vers les formats sonores HD. Globalement, les possibilités interactives de ce lecteur de première génération sont faibles par rapport au potentiel des modules JAVA qui sont proposés sur les derniers films commercialisés. Cela se traduit lors de l'insertion d'un titre récent par un « élégant » message d'avertissement indiquant que votre lecteur n'est pas adapté aux possibilités interactives de ce programme et que l'utilisateur ne pourra donc pas profiter pleinement de l'expérience Blu-ray ! Soyons francs, en tant que journaliste spécialisé, j'étais lors de mon achat totalement au courant de ces limites. Mais plaçons-nous au niveau d'un consommateur lambda qui a dépensé beaucoup d'argent pour son lecteur et qui au final, reçoit un doux message lui indiquant que son lecteur est obsolète, moins de 18 mois après achat !
Vous pensez que cette expérience est liée à la première génération de lecteurs Blu-ray ? Détrompez-vous, l'ensemble des lecteurs Blu-ray actuellement commercialisés ne répondent pas au cahier des charges complet du Blu-ray et seront, eux aussi obsolètes dans quelques mois...

Profile 2.0 aka BD-Live
Les lecteurs Blu-ray de première génération étaient sous « Profile 1.0 ». Les lecteurs de salon actuellement commercialisés sont sous « Profile 1.1 ». Leur potentiel interactif est largement amélioré mais les formats sonores HD ne sont pas toujours récupérables, certains lecteurs début de gamme récents n'étant pas compatibles HDMI 1.3 !
Quoi qu'il en soit, ces lecteurs ne sont pas sous « Profile 2.0 », celui qui permettra de vivre une expérience interactive Blu-ray complète. Notez que cette version 2.0 est souvent dénommée BD-Live, soulignant en fait la possibilité de connecter le lecteur sur réseau. Le Profile 2.0, hormis la présence obligatoire d'une interface Ethernet apporte la présence d'un second décodeur vidéo permettant de profiter de bonus « Picture In Picture » c'est-à-dire une fenêtre vidéo permettant d'apprécier un commentaire audio / vidéo. Cela dit, la connectivité et le Picture In Picture sont deux éléments disponibles sur les lecteurs HD DVD depuis le début !
Si les lecteurs actuels ne peuvent pas prétendre au Profile 2.0, c'est que ces fonctionnalités imposent une mémoire interne d'au moins 1GO... et aucune possibilité de mise à jour matérielle n'est possible sur les lecteurs actuels... mais aussi ceux qui seront vendus une bonne partie de l'année 2008.
Une lacune BDlive embarrassante
Les premiers lecteurs Profile 2.0 n'apparaîtront, d'après Sony, que dans la dernière partie de l'année et c'est bien là l'un des problèmes majeurs de la mise sur le marché du format Blu-ray, ce dernier n'est toujours pas mature après plus de deux ans de disponibilité ! Seuls les possesseurs d'une console de jeu PlayStation 3 peuvent prétendre à des mises à jour logicielles mais attention tout de même, les consoles actuellement vendues ne possèdent pas le GO de mémoire nécessaire pour profiter de toute l'interactivité JAVA.
Malgré toute l'élégance des communiqués, cela veut tout simplement dire que tout acheteur d'un lecteur de salon Blu-ray aujourd'hui et dans les prochains mois aura chez lui un lecteur fonctionnellement incomplet et sans possibilité d'évolution. Une situation dérangeante qui, parce qu'elle fait appel à des notions techniques, échappera certainement à l'ensemble des consommateurs... jusqu'à ce que ceux-ci découvrent, comme moi, par cet élégant message avertissant que le lecteur n'est pas capable de couvrir tout le potentiel interactif proposé.
Conclusion, le Blu-ray semble en ce début 2008 sortir vainqueur de la bataille mais n'est pas, indiscutablement, le format le plus mature à ce jour. Une nouvelle preuve que la suprématie commerciale d'un format n'est jamais liée à ses performances intrinsèques. Plus fâcheux, les machines sur les linaires des magasins s'avèrent imparfaites au regard du cahier des charges Blu-ray, celui que nous vend le clan Blu-ray depuis plus de deux ans. Une situation commercialement anormale qui pourrait bien déboucher sur de nombreux mécontentements dans les prochains mois...
Les liens pour rester au fait des évolutions du Blu-ray
Le PDF du cahier des charges général officiel du Blu-ray (anglais)