Internet et vie privée : est-ce compatible ?

Publié le 2010-08-23 17:42:00

Un dossier de l’Express datant du 11 août 2010 se penche sur cette question d’actualité. Pour pointer l’ampleur du phénomène de pistage via le web, les risques encourus par tout internaute, si prudent soit-il, et les éventuelles manières de traiter le problème.

En postant des photos sur son profil Facebook, ou même simplement en se connectant à Internet (via les cookies) ou en possédant une carte avec puce RFID, on risque de nos jours d’exposer des données personnelles aux yeux de certains, voire de tous, c’est à présent un fait connu. Mais tous ne mesurent peut-être pas l’étendue des risques encourus, de l’humiliation publique au cambriolage, en passant par l’usurpation d’identité en ligne et le harcèlement marketing, sans oublier l’espionnage conjugal, le fichage des élèves et bientôt les fiches sur les fraudeurs Hadopi.

« Le vrai danger est là, écrivent les auteurs de l’article, dans ces bases de données qui ne cessent de croître grâce à l’augmentation spectaculaire des capacités de stockage. Il gît dans le croisement de ces « data » immatériels et dans leur hybridation avec d’autres technologies de surveillance – des caméras associées à des techniques biométriques, par exemple ».

L’article met en avant l’ampleur que prend le fichage, par exemple celui des empreintes génétiques, englobant à la fois tueurs en série et faucheurs d’OGM, cité par Thierry Rousselin, consultant en observation spatiale. Un fichier qui comprend en effet actuellement pas moins de 2 millions d’entrées…

En outre, toutes ces données ne sont pas toujours traitées avec suffisamment d’attention : elles ne sont pas systématiquement mises à jour, et des erreurs grotesques peuvent même y être présentes, certaines victimes étant par exemple classées comme des suspects dans les fiches du Système de traitement des infractions constatées (STIC), comme le montre un test de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) réalisé sur 1400 fiches.

Mais les auteurs soulignent que, si le fichage des pouvoirs publics reste contrôlé par eux, Internet, lui, stocke des milliards d’informations, justes ou fausses, publiques ou privées, qui peuvent resurgir à tout moment et faire du tort à ceux qu’elles concernent. Et le relativement petit nombre de procès intentés à ce sujet (4265 plaintes reçues par la CNIL l’an dernier) ne prouve rien, sinon que la plupart des conflits se règlent en amont, à l’amiable.

Avec Facebook, la question du respect de la vie privée, pour laquelle les citoyens européens avaient bataillé au siècle dernier, se pose, le mur de la vie privée la protégeant des regards indiscrets s’opposant au « mur » actuel de Facebook, conçu pour afficher des messages personnels aux yeux de tous les contacts d’un utilisateur. « Pour la première fois dans l’Histoire, ce sont les gens eux-mêmes qui choisissent leur définition de la vie privée », interprète l’historien Antoine Prost.

Mais si les internautes ne se révèlent pas capables de trouver la limite assurant leur propre sécurité ? « Il faudrait […] que les défis posés par les nouvelles technologies en termes de libertés soient enseignés à l’école », estime Alex Türk, président de la CNIL.

Dans la question du contrôle des données, les pouvoirs publics ont aussi un rôle, qu’ils s’efforcent de jouer tant bien que mal. Les 29 CNIL européennes ont par exemple prié les moteurs de recherche d’effacer, au-delà de 6 mois, les recherches, cookies et adresses IP des internautes. Mais rien n’oblige les acteurs se situant outre-Atlantique à obtempérer et, si Microsoft s’est exécuté, Google n’a pas répondu à cette demande. De son côté, la France est en plein débat sur le sujet de la protection juridique de la vie privée sur Internet, un débat qui peut apparaître stérile si l’on considère l’ampleur de la tâche qui consisterait à contrôler le Net dans son ensemble.

L’article s’achève avec humour sur l’idée que, s’ils veulent protéger leurs droits, les internautes n’ont qu’une chose à faire : se servir de la toile pour faire campagne.

Crédits Photo : CNIL.


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