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Radioactivité : une modélisation inquiétante de la carte des rejets

Le premier nuage est passé au dessus de la France. Les mesures qui nous ont été communiquées ne font état d'aucune inquiétude particulière à avoir. Mais qu'en sera-t-il demain ? Le Japon est déjà largement contaminé, déclare Greenpeace. " Les rejets émis par la centrale de Fukushima Daiichi depuis dix jours ont entraîné des dépôts de radioactivité au sol et sur les végétaux dans la région. Les premières mesures réalisées par les autorités japonaises indiquent une contamination en Iode 131 et en césium de l’eau, des végétaux et des aliments, conduisant à dépasser dans certains cas les valeurs admissibles pour les denrées alimentaires définies par la réglementation japonaise. Les valeurs les plus élevées sont relevées dans les légumes à feuilles comme les épinards ".

L’ASN écrit dans son point du 22 mars 11h00 du matin : « au large de Fukushima, des prélèvements d’eau de mer ont été réalisés à 100 m de la berge, les résultats montrent des niveaux en iode 131, de l’ordre de 100 fois supérieurs à la norme japonaise fixée à 0,04 Bq/cm3. »

Les radionucléides rejetés dans l’atmosphère par les réacteurs et les piscines de la centrale nucléaire sont au fur et à mesure dilués dans l’air mais les produits rejetés se déposent également au sol, en taches, ajoute Greenpeace. Quant à l’activité des produits radioactifs, elle diminue dans le temps. Le césium 137 ou le krypton 85 restent radioactifs très longtemps. Au bout de 8 jours l’iode 131 a quant à elle perdu la moitié de sa radioactivité et 72 jours plus tard, il ne reste qu’un millième de la radioactivité initiale.

Qu'en est-il pour la France ?

Les masses d’air faiblement contaminées ont atteint la France métropolitaine, après avoir parcouru prés de 15 000 km. Malheureusement, l’ensemble des informations publiées restent au conditionnel en raison de la rareté des données utilisables. C'est la raison pour laquelle la CRIIRAD s'insurge contre la confiscation des chiffres relatifs à la contamination de l’air par les Etats : « La publication des données du réseau CTBTO1 ainsi que des installations nucléaires nordaméricaines nous aurait renseigné précisément sur les niveaux de contamination de l’air et nous aurait permis d’évaluer de façon fiable les niveaux de risque bien avant que les masses d’air contaminé n’arrivent sur l’Europe. La CRIIRAD lance un appel international, invitant citoyens, associations, scientifiques, élus… de tous pays à se mobiliser à ses côtés afin d’exiger que les résultats relatifs à la contamination radioactive de l’air, obtenus grâce à l’argent public, soient mis à disposition du public et servent à sa protection. »

Le rayonnement émis est certainement très faible mais le contenu du nuage ne pourra être évalué qu’après son passage. Les précipitations au dessus de la mer auront sans doute « lavé » ce nuage mais rien ne permet d'exclure tout risque qu’une infime quantité de particules d’éléments radioactifs dangereux puissent se déposer sur le sol français, note Greenpeace.

Et si tel était le cas, ces particules pourraient poser des problèmes sanitaires. Si le nuage a déposé des particules de plutonium sur une salade, celle-ci restera dangereuse pour un très long moment. Heureusement, cette probabilité est statistiquement faible.


Les dernières informations en provenance de l'IRSN

Tous les résultats de mesure obtenus sont inférieurs aux limites de détection des appareils de mesure utilisés, note l'IRSN, à l’exception de l’échantillon de lait de chèvre qui présente des traces de césium 137 (0,12 Bq/L). Des traces d'un niveau habituellement observé dans ce type de produit et résultant de la persistance dans les sols et dans les végétaux du césium 137 déposé à la suite des essais nucléaires en atmosphère et de l’accident de Tchernobyl...

Des résultats de mesure ont été publiés au États-Unis par l’agence de protection de l’environnement (EPA - http://www.epa.gov/japan2011/), poursuit l'IRSN. Ils mettent en évidence de faibles traces de produits radioactifs rejetés lors de l’accident de Fukushima, détectés sur des filtres de prélèvements de poussières atmosphérique en Californie (San-Francisco, Riverside, Anaheim) et dans l’état de Washington (Seattle) sur la côte ouest. Les radionucléides identifiés sont l’iode 131, le tellure 132, l’iode 132 et le césium 137. Les concentrations mesurées le 18 mars pour ces éléments sont de quelques dixièmes de mBq/m3 ou plus faibles.


L'état des réacteurs et des piscines des centrales japonaises

Les réacteurs n°1, 2 et 3 restent dans un état particulièrement critique en l’absence de source de refroidissement pérenne. Les effets liés à la présence de sel dans l’eau injectée pourraient altérer le refroidissement du combustible à très court terme.

L’alimentation électrique est disponible sur tous les réacteurs. Les salles commande des réacteurs 1 et 3 ont été réalimentées en électricité ce qui a permis de remettre en service une partie de l’instrumentation. Le caractère opérationnel des matériels est toujours en cours de vérification. La priorité est donnée à la remise en service du système de refroidissement des réacteurs.

En l’absence de fonctionnement des systèmes de refroidissement, les piscines nécessitent un appoint régulier d’eau.

Piscine du réacteur n°1
La puissance à évacuer est faible et n’a pas nécessité de nouvel appoint en eau. Pour la première fois, une fumée blanche est apparue sur le réacteur n°1, au dessus de la piscine.

Piscine du réacteur n°2
Aucun appoint d’eau n’a été réalisé le 23 mars. La température de la piscine est de l’ordre de 50°C
le 23 mars.

Piscine du réacteur n°3
Les appoints d’eau dans cette piscine sont effectués périodiquement en passant par le circuit de refroidissement de la piscine.

Piscine du réacteur n°4
Les appoints d’eau dans cette piscine ont pu être réalisés par un système de bras articulé de façon efficace.

Piscine du réacteur n°5
La pompe alimentant le circuit de refroidissement de la piscine s’est arrêtée automatiquement. La réparation est prévue afin d’assurer le refroidissement.

Piscine du réacteur n°6
La température de l’eau de la piscine du réacteur n°6 est contrôlée. Les fonctions de refroidissement ont été rétablies et les niveaux d’eau sont contrôlés.

L’IRSN reste préoccupé par le risque de cristallisation du sel injecté avec l’eau de mer dans les cuves des réacteurs (corrosion, impact sur le refroidissement des coeurs, cristallisation au
niveau des échangeurs des circuits de refroidissement normaux après leur remise en service) risque de blocage de soupapes…).


Les mesures qui donne une idée de la dispersion des rejets

Des mesures de la radioactivité sont effectuées par l’IRSN, l’ACRO et la CRIIRAD. Sur son site, l’IRSN a mis en ligne une modélisation de la dispersion des rejets radioactifs dans l’atmosphère à l’échelle globale. Cette modélisation montre le trajet que prendrait un nouveau nuage si la situation se détériorait au Japon. Les risques existent.

La modélisation de la dispersion des rejets radioactifs dans l’atmosphère à l’échelle globale
, réalisée par l'IRSN. 


La photo des réacteurs



(DR IRSN)



jeudi 24 mars 2011 - Note : 5/5
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